Nikolaï Erdman

Nikolaï Robertovitch Erdman

 

Nikolaï Robertovitch Erdman est né en 1900 à Moscou d’une famille allemande russifiée. Ainsi ses années de formation se font sur un arrière plan de bouleversements historiques : la première guerre mondiale puis la révolution d’Octobre (1917). Il soutient la cause révolutionnaire par un engagement dans l’armée rouge au début de la guerre civile russe (1917 à 1923).

En 1918 il entre, avec son frère Boris peintre, dans un groupe artistique les Imaginistes (un des groupes artistiques d’avant-garde qui fleurissaient alors en Europe, aux États-Unis et en Russie. Les terme imaginiste se réfère à l’image et non à l’imagination, donc l’élément fondateur de leur créativité était le travail sur l’image, qu’elle soit picturale, poétique ou chorégraphique. Il est toutefois à noter que ce groupe s’opposait aux futuristes qui prônaient un oubli, voire une destruction du passé, les imaginistes voyaient dans les images du passé une manière de réactiver celles du présent. Pour la plupart des autres courants artistiques russes les imaginistes furent assimilés à un courant rétrograde car nostalgique d’un passé, qu’ils voulaient, au contraire, voir révolu à jamais. Essenine un des poètes fondateurs du mouvement, sentant que le monde qui est en train de se faire n’est fait pour lui, se pend en laissant ces vers :

« […] Dans cette vie il n’est guère nouveau de mourir
Mais vivre n’est certes pas plus nouveau. »

La créativité artistique russe dans le sillage de la révolution de 1917 est d’une diversité, d’une intensité et d’une fertilité peu commune. Fécondité qui s’est exprimée dans la littérature, la poésie, le théâtre, la danse, le cinéma, la peinture, l’architecture… tant par des réalisations proprement artistiques que par des réflexions théoriques sur l’art. Cet épanouissement artistique a été stérilisé par le pouvoir soviétique dans les années 30 au profit de la seule esthétique du réalisme socialiste prônée par le pouvoir.

 

D'un seul pas, allons vers un avenir radieux!

le jeune Erdman commence sa carrière littéraire par des textes poétiques. Cependant très tôt le théâtre s’avère être son mode d’expression privilégié, ainsi à partir des années 1922 il écrit pour le théâtre des librettos d’opérettes et de ballets, des sketches, des paroles de chansons, des parodies sur des thèmes d’actualité et des transpositions pour la scène. Il proposera sa première œuvre dramatique d’importance (le Mandat) en 1924 au TIM le théâtre de Meyerhold. après quelques modifications faites avec Meyerhold et les acteurs de la troupe, la première de « le Mandat » à lieu en 1924 à Moscou. La pièce connaît un succès foudroyant, d’abord à Moscou puis dans de nombreuses villes d’union soviétique, et également à l’étranger. La troupe de Meyerhold la jouera jusqu’en 1930.

De 1925 à 1930 Nikolaï Erdman connaît une vie très active, faite de voyage à travers l’Europe. Il commence à écrire des scénarios pour des réalisateurs tels que : Boris Barnet ou Nikolaï Okhlopkov. En 1926 il se marie avec une danseuse, N. Vorontsova.

Sa seconde pièce, connaîtra un sort beaucoup moins heureux. Lorsqu’il commence l’écriture de sa nouvelle pièce, les conditions politiques en union soviétique se modifient. Le régime politique est en train de devenir totalitaire, la diversité des opinions est petit à petit supprimée au profit d’un parti unique dont le représentant suprême est Staline. Les oppositions quelles soient de droite ou de gauche sont annihilées, la NEP (nouvelle politique économique) est abandonnée, la dékoulakisation est lancée : en somme la répression se systématise et s’instaure une terreur au quotidien pour les citoyens. Bien entendu le champ culturel n’est pas épargné. Les auteurs qui n’étaient pas des écrivains « prolétariens », c’est-à-dire qui ne participaient pas d’une esthétique voulue par le pouvoir soviétique et surtout qui n’appartenaient pas à des organisations reconnues par le pouvoir (comme la RAPP Association russe des écrivains prolétariens), se voyaient bridés dans leur créativité et leurs œuvres mises à l’index. Ainsi en 1928 lorsque Erdman propose sa nouvelle pièce à Meyerhold elle doit être au préalable, avant le début des répétitions,  soumise à l’approbation Repertkom (le service spécifique au théâtre de la censure). Or celui-ci donne un avis défavorable. Pour tenter de débloquer la situation Stanislavsky, qui veut également monter cette pièce, écrit une lettre à Staline afin d’obtenir l’autorisation de commencer les répétitions. Le chef suprême répond que le Repertkom considère la pièce comme « vide et nuisible », néanmoins il consent à autoriser les répétitions du « Suicidé », à la condition expresse qu’elle soit supervisée par un membre de la section culture-propagande du Parti. Enfin, après bien des péripéties, en octobre 1932, Meyerhold réussit à présenter la pièce devant une commission du Politburo au cours d’une représentation fermée. Au milieu de la pièce la commission sans un mot s’est levée et à quitter la salle : le lendemain la pièce était interdite. Cet épisode clôt la carrière de dramaturge d’Erdman et devient de surcroît aux yeux du pouvoir un personnage suspect.

En 1933 il est arrêté et condamné à une relégation de trois ans aux confins de la république soviétique. En 1936 il a le droit de s’installer où il veut, à l’exception de Moscou et de Leningrad qui lui demeurent interdites. Malgré nombre de démarches pour revenir à Moscou il ne retrouvera sa ville natale qu’en août 1941 pour être soigné de graves blessures de guerre, car il a été mobilisé pour combattre l’envahisseur allemand. La même année il perd sa femme qu’une maladie infectieuse emporte.

Après toutes ces épreuves Erdman est devenu craintif et taciturne, il a perdu sa joie de vivre et sa gaité qui le caractérisaient naguère. Il se contentera désormais d’être un fidèle serviteur du régime jusqu’au dix août 1970 date de son décès . De 1945 à sa mort il mène une activité de scénariste officiel pour le cinéma et la télévision. Malgré le fait qu’un des films auquel il a contribué ait obtenu, il pense le plus grand mal de ses scénarios.

Nikolaï Erdman fait partie de ces nombreux artistes russes qui furent brisés par un régime qui ne tolérait pas la moindre liberté de penser. Toutefois, comparés à tous ceux qui furent emprisonnés, déportés ou exécutés, à l’instar du metteur en scène de ses deux pièces, Meyerhold, fusillé en 1941, Erdman a eu de la chance: on l’a juste empêché d’épanouir son talent.

Camarades ! Je vous en supplie, au nom des millions de gens, accordez-nous le droit de chuchoter. Une réplique de Podsekalnikov dans Le Suicidé.


 

Bibliographie:

JACCARD, Jean-Philippe et PICON-VALLIN, Béatrice, 1998. Préface, p. 9-35. in Le mandat: pièce en trois actes. Lausanne : L’Age d’Homme. ISBN 2825111198 9782825111192.

ANON., 2014. Nikolai Erdman [en ligne] : Wikipedia, the free encyclopedia [Consulté le 2 juin 2014]. Disponible à l’adresse : http://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Nikolai_Erdman&oldid=603100935.

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